« Aussi longtemps que la société sera basée sur l'autorité, les anarchistes resteront en état perpétuel d'insurrection. » : Elisée Reclus

jeudi 17 juillet 2014

Le secours rouge international contre les révolutionnaires




                                                              



Le Secours Rouge International fait parler de lui dernièrement. Et pour cause. La déroute morale du P.C., l’abaissement jusqu’à zéro du niveau d’honnêteté de la C.G.T.U., qui n’est devenue que le cabinet de toilette du Parti Communiste, ont laissé l’Internationale de Moscou sans un organe en France qui puisse, plus ou moins, avoir l’oreille du prolétariat de ce pays, suffisamment dégoûté des autres organismes.

Or, le S.R.I. a de l’argent, beaucoup d’argent ; et vous vous en doutez, n’est-ce pas, d’où il provient. Cet argent va au secours de tous les révolutionnaires… C’est ce qu’on nous dit, du moins. Et, avec ça, on tâche d’abord d’attirer dans l’orbite d’activité du S.R.I. tous les révolutionnaires ; ensuite, on exploitera cette situation en faveur de la nécessité du front unique au profit de la bolchévisation mondiale c’est-à-dire de l’arrestation et de l’exécution sommaire de tous les révolutionnaires aussitôt que l’occasion s’en présentera… et, cette fois, au moins, ce seront bien tous les révolutionnaires !
 
Et il s’en trouve encore qui marchent et qui se laissent rouler ! Heureusement qu’ils sont rares. Il faut qu’il n’y en ait pas du tout.

Le S.R.I. se fait le devoir de publier régulièrement des protestations contre les persécutions dont sont victime les révolutionnaires des divers pays. Le S.R.I. se fait le devoir de distribuer des oboles — ou de grosses sommes, d’après l’étiquette de la victime — aux révolutionnaires persécutés ou emprisonnés… pas dans tous les pays.

Le S.R.I. a-t-il jamais soufflé mot sur les persécutions dont sont victimes les révolutionnaires en Russie ? À-t-il jamais dit que les souffrances qu’ont à subir nos camarades aux mains de bourreaux comme Primo de Rivera, Mussolini et autres Dzerjinski ne sont que jeux d’enfants en comparaison avec les souffrances physiques et morales dont sont victimes les révolutionnaires emprisonnés et exilés dans la Russie bolcheviste dont le gouvernement emplit les caisses du S.R.I. ?

Quand le S.R.I. prendra-t-il position sur la question des persécutions et tortures perpétrées dans son pays d’origine ? Et s’il se refuse de la prendre, plus que ça : s’il se solidarise avec les bourreaux du Kremlin, se trouvera-t-il un seul révolutionnaire à la Santé ou ailleurs — qui ait le courage de tendre la main à ces hypocrites ?

Nous espérons bien que non.

Déjà la Fédération Bâtiment a fait le geste nécessaire. À son dernier Comité National tenu récemment, elle a déclaré hautement comme suit :

Le Comité National de la Fédération du Bâtiment, réuni à la Bourse du Travail, le 17 juillet, après avoir discuté sur le Secours Rouge International, déclare :

Considérant que le Secours Rouge International est une œuvre dépendant du gouvernement de Moscou d’autre part que le Secours Rouge International n’a jamais protesté contre les emprisonnements des révolutionnaires en Russie ;

Déclare ne rien avoir de commun avec cet organisme.

Invite toutes les organisations adhérant à la vieille Fédération à apporter toute leur aide pécunaire au Comité l’Entr’Aide, seul organisme vraiment sous le contrôle des syndicats et venant en aide à tous camarades détenus.
D’autre part, le Comité de Défense Sociale étant le complément moral de l’Entr’Aide, le Comité National déclare ne reconnaître que ces deux organismes.

Le S.R.I. a donc reçu sa première gifle. La série doit continuer. C’est du devoir de toutes les organisations d’avant-garde — U.F.S.A. et syndicats autonomes, Union Anarchiste, Comité de Défense Sociale, Œuvres d’Éditions Internationales, etc. — de se situer nettement et franchement pour en finir avec ce nouvel organisme bolcheviste de démoralisation au sein de la classe ouvrière française.


Le S.R.I., à la suite de ses maîtres de Moscou, a accaparé pour soi le mot d’ordre léniniste : « Pour vaincre le prolétariat, il nous faut de l’hypocrisie, encore de l’hypocrisie, toujours de l’hypocrisie. »


                    La Voix du Travail n°3/4 (octobre/novembre 1926)