« Aussi longtemps que la société sera basée sur l'autorité, les anarchistes resteront en état perpétuel d'insurrection. » : Elisée Reclus

vendredi 18 juillet 2014

L'anarchisme et notre époque


                                              

 L'anarchisme, c'est pas seulement une doctrine qui traite de la vie sociale de l'homme, comprise dans le sens étroit que lui prêtent les dictionnaires politiques et, parfois, lors de meetings, nos orateurs propagandistes. C'est aussi un enseignement qui embrasse la vie de l'homme dans son intégralité.

Au cours du processus d'élaboration de sa conception globale du monde, 
l'anarchisme se donne une tâche bien précise: 
saisir le monde dans son entier, en écartant de sa voie toutes sortes d'obstacles, présent et à venir, dressés par la science et la technique bourgeoise et capitaliste. Cela dans le but de fournir à l'homme l'explication la plus exhaustive possible sur l'existence de ce monde et d'appréhender de la meilleure façon tous les problèmes qui peuvent se poser à lui; cette démarche doit l'aider à prendre intérieurement conscience de l'anarchisme qui lui est inhérent par nature - c'est du moins ce que je suppose -, au point qu'il en ressent continuellement des manifestations partielles.
 

 C'est à partir de la volonté individuelle que l'enseignement libertaire peut s'incarner dans la vie réelle et frayer la voie qui aidera l'homme à chasser en lui tout esprit de soumission.

 Lorsqu'il se développe, l'anarchisme ne connaît pas de limites.  Il ne connaît pas de rives où il pourrait s'échouer et se fixer. Tout comme la vie humaine, il ne possède pas de formules définitives pour ses
aspirations et objectifs.


Le droit absolu de tout homme à une liberté totale, tel qu'il est défini par les postulats théorique de l'anarchisme, ne saurait être pour lui, à mon avis, qu'un moyen pour atteindre son plus ou moins grand
épanouissement, sans cesser pour autant de se développer. Ayant chassé en l'homme l'esprit de soumission qui lui a été artificiellement imposé, l'anarchisme devient dorénavant l'idée directrice de la société humaine en marche vers la conquête de tous ses objectifs.


 A notre époque, l'anarchisme est encore considéré comme théoriquement faible; en outre, certains affirment qu'il est souvent interprété de façon erronée. Pourtant ces adeptes s'expriment à foison à son sujet;
beaucoup en parlent constamment, militent activement     et parfois se lamentent qu'il ne triomphe pas (je suppose, dans ce dernier cas, que cette attitude est provoquée par l'impuissance à à élaborer, à partir d'un cabinet d'études, les moyens sociaux indispensable à l'anarchisme pour avoir prise sur la société de notre
temps).


L'anarchisme prend concrètement vie partout où naît la vie humaine. Par contre, il ne devient compréhensible pour tout un chacun uniquement là où existent les propagandistes et les militants qui ont rompu sincèrement et entièrement avec la psychologie de soumission de notre époque, ce qui leur vaut d'être d'ailleurs férocement persécutés. Ces militants aspirent à servir leurs convictions avec désintéressement, sans crainte de découvrir dans leur processus de

développement des aspect inconnus, afin de les assimiler au fur et à mesure, si besoin est, et œuvrent ainsi au triomphe de l'esprit de soumission.

Deux thèses découlent de ce qui est énoncé si dessus:
• la première, c'est que l'anarchisme connaît des 

expressions et manifestions diverses, tout en conservant une parfaite intégrité dans son essence.
• la seconde, c'est qu'il est révolutionnaire naturellement et ne peut adopter des méthodes révolutionnaires de lutte contre ces ennemis.


Au cours de son combat révolutionnaire, l'anarchisme non seulement renverse les gouvernements et supprime leurs lois, mais s'en prend également à la société qui leur donne naissance, à ses valeurs, ses moeurs et à sa "morale", ce qui lui vaut d'être de mieux en mieux compris et assimilé par la partie opprimée de l'humanité.


Tout cela nous amène à être persuadé que l'anarchisme ne peut plus rester enfermé dans les limites étriquées d'une pensée marginale et revendiquée uniquement par quelques groupuscules aux actions isolées. 

 Son influence naturelle sur la mentalité des groupes humains en lutte est plus qu'évidente. Pour que cette influence soit assimilée de façon consciente, il doit désormais se munir de moyens nouveau et emprunter dès maintenant la voie de pratiques sociales

                                                                                 
                                                         Nestor Makhno
    
                                                                                                                         
 
                          Diélo trouda, n°4, septembre 1925, pp.7-8.
                          Traduit de l'original russe par Frank Mintz.