« Aussi longtemps que la société sera basée sur l'autorité, les anarchistes resteront en état perpétuel d'insurrection. » : Elisée Reclus

dimanche 6 juillet 2014

Agenda : Dimanche 13 juillet 2014 à 10h00 hommage aux victimes du camp de Gurs




QUELQUES DATES
Avec une capacité " d'accueil " de 18500 personnes, le camp de Gurs est le plus grand camp du sud de la France. Construit en 42 jours, de mars à avril 1939 pour interner les combattants de l'armée républicaine espagnole vaincue par le franquisme, il sera utilisé ensuite comme centre d'internement pour les indésirables du régime de Vichy et deviendra l'une des bases de la déportation des juifs en France.

15 mars au 25 avril 39 : construction du camp

Printemps et été 1939 : le camp " héberge " les combattants de l'armée républicaine espagnole et les volontaires des Brigades internationales réfugiés en France
- 5 avril 1939 : arrivée des premiers réfugiés basques
- avril-août 39 : arrivée au camp des combattants républicains espagnols : Basques, aviateurs, internationaux, espagnols
- septembre 39 à mai 40 : arrivée des réfugiés espagnols


Eté 1940 : internement des "indésirables"
De mai à juillet 1940, le camp regroupe des réfugiés arrêtés dans l'agglomération parisienne, des politiques français, des réfugiés politiques basques
Les réfugiés basques espagnols et les Espagnols sans papiers seront en grande partie transférés à Rivesaltes. Les femmes allemandes (juives ou apatrides, réfugiées politiques ou économiques, femmes fuyant plus généralement le nazisme) sont rassemblées le 15 mai 1940 au Vel d'Hiv, internées à Gurs et libérées à la fin de l'été 1940. Les indésirables français : militants communistes (la majorité), syndicalistes, socialistes, anarchistes, droits communs, quitteront Gurs pour le camp de Nexon la même année.


22 juin 1940 : Armistice

D'octobre 1940 à novembre 1943, des juifs sont regroupés au camp de Gurs en attendant leur déportation (juifs allemands expulsés du Pays de Bade, réfugiés juifs d'Europe centrale).
- 22 octobre 1940 : rafle de 6.538 juifs du Pays de Bade, du Palatinat et de Sarre (1.125)
- 24 et 25 octobre 1940 : arrivée à Gurs des juifs badois (les autres sont déportés à Rivesaltes)
Origine des juifs badois :
- Mannheim : 2.335
- Heidelberg : 1.380
- Karlsruhe : 750
- Firbourg-en-Brisgau
- Constance
Près de 1 sur 8 mourra au camp de Gurs (820 décès)

- 1er novembre au 31 octobre 1940 : nouveaux internements de juifs en provenance :
- des camps de Brens et de Rivesaltes qui sont fermés
- arrestations arbitraires de juifs raflés chez eux par la police de Vichy ou à la suite de contrôles d'identité, d'opérations de police à caractère racial et de chasses aux suspects étrangers


Les déportations à Auschwitz via le camp de Drancy
Entre octobre 40 et novembre 43 :
- 3.907 juifs sont déportés à Auschwitz via Drancy
- 1.038 décès
- 910 évasions

- 6, 8 et 24 août 42 : 6 convois partent de Gurs pour Drancy : 1710 hommes et femmes
- 1 septembre 42 : un convoi de 502 hommes et femmes
- 27 février 1943 : un convoi de 925 hommes et femmes
- 3 mars 1943 : un convoi de 770 hommes

Tous sont livrés à l'Allemagne Nazie par les policiers français, les listes sont dressées par les directeurs du camp de Gurs. Ces hommes et ces femmes périront à Auschwitz.


Mars 43 : invasion de la zone libre

1 novembre 43 : le camp est dissout mais pas fermé. Il reste 229 internés.
9 avril 44 : internement de 26 nomades français
5 juin 44 : internement de 151 femmes (politiques, droits communs, prostituées)
25 août 44 : à la libération du Béarn, tous les internés sont relâchés


Après la libération, le camp sert de site d'internement pour les trafiquants du marché noir, les petits collaborateurs et des prisonniers de guerre allemands.
30 août 44 : internement de 310 soldats allemands
26 octobre 44 : un premier groupe de collaborateurs entre à Gurs. Il y en aura jusqu'à 1.585 qui seront tous libérés par la suite.
12 octobre 44 au 31 septembre 45 : 1.475 combattants ou réfugiés espagnols anti-franquistes sont internés (anciens maquisards FFI qui combattent le régimes franquiste depuis le territoire français capturés aux postes frontière). Ils sont très vite libérés


Le camp est définitivement fermé le 31 décembre 1945. Les baraques encore utilisables sont vendues aux enchères en 1946. Les autres sont brûlées par mesure d'hygiène. Une forêt est plantée sur les lieux du camp.
Ces informations sont extraites de l'ouvrage Le camp de Gurs, de Claude Laharie (voir la bibliographie).

 Témoignages :

               Il y a des pays où les gens aux creux des lits font des rêves ...
 
Antonio ! Je m'appelle Antonio. J'étais anarchiste, anarchiste espagnol. En 36, j'ai cru au bonheur, à la liberté. J'ai espéré ne plus devoir attendre, aligné avec mes camarades contre le mur de l'église, que les propriétaires daignent me choisir pour cueillir les olives ou les amandes dans leurs champs. J'ai rêvé d'un monde plus juste, j'ai rêvé de pouvoir donner du pain à mes enfants. Et puis, il y a eu Franco. Avec tant d'autres, j'ai hurlé " no pasaran ". Je me suis battu. J'ai cru mille fois mourir à Madrid ou ailleurs ... Ils sont passés !
Je me suis battu encore jusqu'à ce que cela ne fût plus possible, jusqu'au bout de mes forces, avec ma vieille pétoire, avec mes poings. Mon père a été fusillé dans la cour de la ferme, devant sa femme, devant mes jeunes frères, parce qu'il refusait de crier " Vive Franco ". Ma mère est folle aujourd'hui. Folle de douleur ... Ils sont passés !
Trahi par Staline, vaincu par Franco, j'ai traversé les Pyrénées. Exténué, j'ai rejoint la France. Et j'attends. J'attends comme un voleur. J'attends parmi les damnés, les éternels vaincus de l'Histoire. J'attends dans la boue, dans le froid, prisonnier au pays des libertés. J'attends de pouvoir un jour retourner au pays. J'attends de revoir ma femme, mes enfants. Que sont-ils devenus ? Et ma mère, et mes frères ?
Demain, après-demain, dès que possible, je m'enfuirai, j'irai les rejoindre. Ici, ma vie n'a plus de sens. Et puis, il y a cette crasse, l'humidité des baraques de planches, les barbelés, la solitude, le déshonneur. Malheur aux vaincus ! Ici, rien n'a plus de sens ! Il doit bien y avoir un pays où les gens aux creux des lits font des rêves ...
Je m'appelle Sarah. J'étais juive, juive allemande. J'étais heureuse. Nous vivions bien, tous ensemble dans notre petit appartement. Nous étions heureux, nous avions des amis. Enfin, plus à la fin ! On nous a tourné le dos. On nous a cousu des étoiles jaunes sur le cœur. Nous n'avons pas vraiment senti le vent tourner ... Ils sont passés !
Un jour, en rentrant de l'école avec les enfants, un attroupement s'est formé dans la rue. Des brutes en uniforme frappaient un homme sur le pas de sa porte. C'était notre porte, c'était mon homme !
Il a juste eu le temps de me faire signe de passer mon chemin. Son visage était ensanglanté. Il ne m'a pas regardée pour ne pas me trahir. Il a juste fait un signe de la main : " Va, continue comme si de rien n'était ! Pense aux enfants ! " Il a juste levé la main pour me désigner le bout de la rue. Un soldat l'a frappé au visage avec la crosse de son fusil. Il s'est effondré sur le trottoir sans que mon regard puisse, une dernière fois, croiser le sien ... Ils sont passés !
Au bout de la rue, j'ai tiré les enfants par la main. Je me suis mise à courir. Depuis, je n'ai jamais vraiment cessé de courir. J'ai traversé le Rhin. Moi aussi, j'y ai cru à la France des libertés. Elle m'a vite jugée indésirable.
Moi, je ne désirais plus rien, sinon un refuge pour mes petits. Ici, je peux encore les serrer contre mon coeur, caresser leurs boucles  brunes. Mais pour combien de temps encore ? Ils sont si faibles. Demain, nous prenons le train. Beaucoup, parmi nous, croient que ce camp est l'enfer. Je crains qu'il ne soit que la porte de l'enfer ! Demain, nous prendrons le train ! Il doit bien y avoir un pays où les gens aux creux des lits font des rêves ...
J. HERREROS
Webmaster http://gurs.free.fr





Anarchistes ayant été internés au camp de Gurs :

Le 2 octobre 1915, naissance de José PÉREZ MONTES dit PEPIN à Santander.

                                                                                                       

José Pérez Montes

Militant et activiste anarcho-syndicaliste et anarchiste espagnol.
Il fréquente très jeune les groupes afinitaires de la Jeunesse libertaire "JJLL"qui se réunissent à l'Athénée Ouvrière de Santander. Membre de la CNT à partir de 1932, il se révèle être un excellent orateur et agitateur en particulier dans les journées insurrectionnelles d'octobre 1934.

En 1936, lorsqu'éclate la révolution, il se joint à la première colonne confédérale de la CNT qui part pour le front. Il oeuvre ensuite au sein du Comité JJLL de Santander puis retourne au front en 1937 dans une unité de combat à Noceco (Burgos). Mais l'organisation le ramène à l'arrière où il travaille pour la Fédération locale puis au Comité régional et enfin inter-régional (Euskadi et Asturies) de la FIJL (Fédération Ibérique des Jeunesses Libertaires) et collabore au journal "Adelante".

 Lors de l'avancée franquiste, il rejoint la Catalogne où il restera juqu'à la déroute. Après avoir franchi la frontière française, il est interné dans divers camps de concentration (Barcarés, Gurs). Après la Libération, il intègre en France le Mouvement libertaire en Exil et prend part à divers meetings (Grenoble, Casteljaloux, Narbonne) durant les années 1945-46. Il devient ainsi membre du Comité des Relations de la FAI, puis poursuit la lutte clandestine antifranquiste sur le territoire espagnol, tentant de réorganiser et de coordonner la résistance anarchiste à travers le Pays. Il assiste ainsi à plusieurs rencontres clandestines, à Valence, puis en juillet 1947 à Madrid, où lors d'un plénum il est désigné secrétaire du Comité péninsulaire de la FAI. En octobre 1947, alors qu'il rejoint clandestinement la France pour assister à un congrés de la CNT à Toulouse, il disparaît à la frontière. On retrouvera sont corps noyé à l'embouchure de la Bidassoa, dépouillé de tout ce qu'il avait dans ses poches, excepté d'un tampon de la FAI.

Son corps sera inhumé de façon anoyme dans le petit cimetière de Biriatou.


 

Valeriano Espiga, né en Espagne (1915- )

Entretien du 9 juin 1998
Père boucher ; famille religieuse ; un frère évêque : « J’ai failli entrer au séminaire… »
C’est en 1931, avec l’instauration de la République, qu’il a « commencé à réfléchir ». Puis il a eu des contacts avec la CNT. Il adhère. En 1933, « il y a eu une grande révolution (Casas Viejas) qui a échoué […]. On m’a donné un revolver avec cinq cartouches, et on est sorti dans la rue. Le mouvement a été écrasé ». Condamné à un an de prison pour détention d’arme et à dix ans pour rébellion, puis amnistié en mai 1934. En octobre, lors de la révolte des Asturies, il est emprisonné une nouvelle fois.

En 1936, il ne peut prendre les armes et se cache dans la montagne jusqu’en 1939, puis passe en France où il est interné au camp de Gurs. Puis il participe au sein des Compagnies de travailleurs étrangers à la construction d’un terrain d’aviation jusqu’à l’Occupation allemande qui le renvoie de nouveau à Gurs. Puis travaille pour des paysans et apprend le français. C’est alors que les Français l’envoient travailler pour les Allemands sur le Mur de l’Atlantique. Il s’échappe avec son frère et quatre autres copains, essaie de rejoindre Bordeaux après avoir séjourné clandestinement à Paris.

Il est question de Progrès Travé, militant à la fois de la CNTe et de la CNTf, directeur du « Combat syndicaliste » : il combattit dans la colonne « Liberté » qui attaqua la poche de Royan.
En France, à la Libération, Valeriano Espiga adhère à la CGT. « Puis les Lapeyre ont créé la CNT française, et j’y ai adhéré, comme beaucoup d’Espagnols. »
Dans les années 1950, il fut trésorier puis secrétaire de la commission régionale de la CNTe.

En 1965, on mentionne une scission au sein de la CNTe et des expulsions. « Il y avait un courant modéré qui acceptait la participation gouvernementale en Espagne (à mon avis, ce fut une grave erreur) et un courant radical. »
Il est question de jeunes libertaires (Yves Peyraut et Progrès Travé) qui, en 1968, auraient attaqué un commissariat de police. Ils ne furent pas arrêtés.
Ces jeunes (espagnols et français) se retrouvèrent à la rue du Muguet.
Quand on lui demande s’il se considère plus comme anarchiste, anarcho-syndicaliste ou libertaire, Valeriano Espiga répond : « Je suis sorti d’une mystique religieuse pour rentrer dans une mystique anarchiste. Je me considère avant tout comme anarchiste, je suis anarcho-syndicaliste dans la CNT. »




Dr Fernand ESOLU, Militant basque des droits de l'homme

http://campgurs.com/upload/campgurs/docs/d38-doc.pdf